Jean Antoine HOUDON (Versailles, 1741-Paris, 1828)

Lot 23
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Jean Antoine HOUDON (Versailles, 1741-Paris, 1828)

Portrait au naturel de François-Marie Arouet de Voltaire (1694-1778)
Buste en marbre.
Hauteur totale: 47,5 cm -Larg.: 21 cm
Piédouche circulaire en marbre blanc, H. 11,4 cm
Signé et daté sur la tranche de la découpe de son épaule droite en lettres capitales: «Houdon 1778».
Au dos, cachet en cire rouge de l'atelier.
(Restauration ancienne au nez, cassé et refixé, au bas de la joue droite; quelques petites épaufrures).
A.F

Provenance:
Collection Louis-Dominique Éthis de Corny (Metz, 1736 - Paris, 1790) ---
Collection Charles Marie Nicolas Aimée Éthis de Corny (1763 - 1829) époux d'Hélène Marie Victoire Louis, Fille de l'architecte Victor Louis.
Puis par descendance.
Succédant à ses devanciers Jean-Baptiste II Lemoyne, Jean-François Rosset, Jean-Baptiste Pigalle et François-Marie Poncet qui tous les quatre ont modelé les traits de l'écrivain ad vivum, à Paris pour le premier, à Ferney pour les trois autres, et désirant à son tour réaliser l'effigie du philosophe, Houdon profite de l'arrivée et du séjour triomphal de Voltaire à Paris, le 10 février 1778 avant que ce dernier ne s'éteigne, le 30 mai suivant, pour à son tour exécuter son effigie, surpassant en tous points les réalisations précédentes«M. Houdon (...) vient de finir deux ouvrages qui suffiraient pour donner la plus haute idée de son talent, et qui ont ajouté infiniment à la réputation qu'il avait déjà si justement méritée: c'est le buste de Molière et celui de M. de Voltaire (...) C'est après avoir vu ce chef-d'oeuvre (Molière) et l'avoir baisé à genoux que M. de Voltaire a bien voulu permettre à notre jeune artiste de faire son buste d'après nature, quoiqu'il fût déjà dès lors assez souffrant. Il n'a fallu à M. Houdon que deux ou trois séances, auxquelles le patriarche s'est prêté avec une complaisance et une gaieté infinies, pour réussir au-delà de toute expression. De tous les mille portraits qu'on a faits de M. de Voltaire depuis soixante ans, c'est le seul dont il ait été lui-même parfaitement content. Il faut avouer que jamais on n'avait rendu ses traits avec autant de grâce, avec autant d'esprit; ce sont toutes les formes de son visage dans la plus exacte vérité et sans aucune ombre de charge; c'est tout le feu, c'est toute la finesse, c'est tout le caractère de sa physionomie saisie dans le moment le plus aimable et le plus piquant. Les yeux ont tant de vie, un effet de lumière si ingénieusement ménagé, que M. Greuze luimême, en voyant le buste pour la première fois, présuma d'abord que c'étaient des yeux d'émail ou de quelque autre matière colorée. Nous avons été avec plusieurs autres personnes témoins d'une méprise si flatteuse pour le talent de son confrère. L'atelier de M. Houdon est devenu depuis quelques jours un spectacle public. Toutes les personnes qui avaient vu M. de Voltaire ont voulu le revoir dans une image si vivante, et celles qui avaient été privées de ce bonheur ont cherché du moins à s'en dédommager en venant admirer une ressemblance parfaite». Ainsi s'exprime le rédacteur de la Correspondance littéraire, en mai 1778 au sujet du portrait de Voltaire dont nous présentons ici un nouvel exemplaire inédit.
S'inspirant de portraits sculptés et de monnaies de la Rome antique et reprenant la formule classique utilisée à l'origine pour le portrait de Diderot, Houdon présente Voltaire en buste dans une version resserrée, délimitée par une simple découpe incurvée à la naissance des épaules, torse nu et tête «nue», à l'exception des restes épars de ses cheveux naturels, constituant le modèle et la base pour des versions plus élaborées de Voltaire, à la française, portant perruque et costume contemporain ou encore vêtu à l'antique. Bien que ce type dit «tête nue» n'ait jamais été officiellement exposé dans l'un des Salons - seuls les bustes en terre cuite de Voltaire «à la française» et «à l'antique» sont exposés au Salon de 1779, sous les numéros 19 et 23 - il constitue, de tous les portraits que Houdon réalise du philosophe, la version la plus célèbre et la plus reproduite, en marbre, plâtre, terre cuite et bronze. La délicatesse du travail du marbre, dépourvu de toute sécheresse et particulièrement sensible dans le traitement des mèches de cheveux au dessus des oreilles permet d'y voir l'un des exemplaires les plus aboutis, corroborant les propos du rédacteur des Mémoires secrets qui ajoute, le 19 avril 1778: «Il semble que son ciseau tout en feu, en donnant à son ouvrage l'âme de l'auteur, n'ait fait que la revêtir d'une enveloppe légère pour la rendre palpable aux sens». Ajoutons le caractère exceptionnel de la présence du cachet de l'atelier en cire rouge, très rare sur un marbre comme le souligne Guilhem Scherf, visible également sur un autre exemplaire conservé à la National Gallery of Art de Washington (inv.: 1963.10.240).
La personnalité de Louis Dominique Éthis de Corny qui commanda très probablement directement le buste du philosophe à Houdon mérite qu'on s'y attarde.
Commissaire des guerres pendant la guerre d'indépendance américaine pour l'armée de Rochambeau, Corny accompagne Lafayette, noue des relations avec Jefferson qu'il reçoit régulièrement durant l'ambassade de ce dernier à Paris. Homme des Lumières,
Corny quitte la carrière militaire en 1785, achète un office de procureur du roi de la ville de Paris et se montre plus tard un fervent partisan de la Révolution. Dans son autobiographie, Jefferson raconte comment Éthis de Corny, après avoir tenté une médiation le 14 juillet 1789 avec le marquis de Launay, gouverneur de la Bastille, se trouva débordé par les assaillants qui mirent en pièces le malheureux gouverneur, promenant sa tête au bout d'une pique. Membre de la Société des Cincinnati, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, Éthis de Corny se révèle également philosophe et écrivain.
Auteur de Combien il est dangereux d'accorder trop de considération aux talents frivoles en 1768, puis d'un Essai sur les hommes illustres de Plutarque en 1772, son intérêt pour la chose publique et sa hauteur de vue explique sans aucun doute son abondante correspondance avec Monsieur de Voltaire qui dans une lettre en date de 1768 lui écrit: «Je suis pénétré de vos bontés, Monsieur, et enchanté de votre manière de penser. Nous sommes dans un siècle ou nous avons besoin de beaucoup de gens de votre mérite.
La vérité commence à se montrer aux hommes: mais si elle n'est pas soutenue par ceux qui pensent, elle sera écrasée par ceux qui ne pensent pas».

Bibliographie:
Musée du Louvre. Nouvelles acquisitions du Département des Sculptures, 1980/1983,
Paris, RMN, 1984, n° 23, pp. 68-69;
Cat. Expo.: Autour de David d'Angers. Sculptures du XVIIIe et du début du XIXe siècle dans les collections des musées d'Angers, Angers, musée des Beaux-Arts, décembre 1994- mars 1995, n° 7, pp. 42-45
Cat expo: Houdon, 1748-1828, Sculpteur des Lumières, Versailles, musée national du château de Versailles, mars-mai 2004, n° 23, pp. 153-156
Guilhem Scherf, Houdon, 1741-1828, Statues, portraits sculptés..., Paris, 2006, n°11, pp
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